Ubisoft a récemment tenté un électrochoc stratégique pour redéfinir son avenir. Annonces en cascade, réorganisation interne brutale, fermetures de studios et annulations en série : l’éditeur français a appuyé sur le bouton « reset » avec une rare radicalité. Une manœuvre qui n’a pas rassuré les marchés, bien au contraire.
Dans le cadre de cette vaste restructuration, Ubisoft a confirmé l’annulation de six jeux, dont le très attendu remake de Prince of Persia: Les Sables du Temps. En parallèle, plusieurs projets non annoncés ont été stoppés, tandis que certains titres majeurs dont le remake de Assassin’s Creed IV: Black Flag selon plusieurs sources auraient été repoussés. L’objectif affiché est clair : recentrer les efforts sur les jeux en monde ouvert et les expériences live-service, tout en transformant ses licences phares en marques capables de générer des revenus annuels massifs.
Une chute boursière historique

Cette réorganisation d’ampleur a toutefois déclenché une onde de choc immédiate sur les marchés financiers. L’action Ubisoft a chuté de plus de 30 % en une seule séance, une dégringolade spectaculaire qui reflète l’ampleur des doutes entourant la stratégie du groupe. Le titre a brièvement été échangé autour de 4,5 €, entraînant de lourdes pertes au sein de l’indice SBF 120.
Si cette baisse venait à se confirmer, il s’agirait tout simplement de la plus forte chute journalière du cours d’Ubisoft depuis son introduction en Bourse en 1996. Un signal particulièrement alarmant pour un éditeur déjà fragilisé sur le long terme.
Des perspectives financières fortement revues à la baisse

Sur le plan financier, Ubisoft dresse un constat sévère. L’éditeur anticipe désormais une perte opérationnelle proche du milliard d’euros, là où il visait initialement l’équilibre. Environ 650 millions d’euros de charges seraient directement liés aux annulations et aux retards de développement.
Les prévisions de net bookings pour l’exercice fiscal s’établissent désormais à 1,5 milliard d’euros, soit une baisse estimée à près de 20 % par rapport aux projections précédentes. En réponse, Ubisoft prévoit également un plan de réduction des coûts de 200 millions d’euros sur les deux prochaines années.
Cinq pôles créatifs pour relancer la machine

Pour tenter de structurer ce nouveau départ, Ubisoft a réparti ses équipes au sein de cinq « creative houses », chacune disposant de son propre budget et spécialisée sur des genres ou licences spécifiques. Une organisation pensée pour gagner en lisibilité et en efficacité créative, mais dont les bénéfices ne pourront être évalués qu’à moyen ou long terme.
Car le contexte reste particulièrement tendu. Avant même cette restructuration, l’action Ubisoft avait déjà perdu près de 90 % de sa valeur en cinq ans. Une érosion continue qui souligne la fragilité du modèle et l’urgence d’un redressement crédible.
Avec cette refonte stratégique, Ubisoft joue une partie décisive de son avenir. Si le recentrage sur ses franchises majeures et les jeux à forte rentabilité pourrait, à terme, stabiliser l’éditeur, l’ampleur de la sanction boursière montre que les investisseurs restent profondément sceptiques. Le reset est lancé, mais la reconstruction s’annonce longue, coûteuse et semée d’incertitudes.

