Sony Interactive Entertainment affine sa stratégie autour de la PlayStation 5 Pro avec une évolution majeure de son système d’upscaling maison. Baptisée officieusement PSSR 2, cette nouvelle version de la PlayStation Spectral Super Resolution ne cherche pas à impressionner par un réseau neuronal plus massif. Au contraire, son intérêt réside dans une approche plus maîtrisée : faire moins travailler l’IA pour obtenir un meilleur résultat à l’écran.
Présentée lors du SIGGRAPH 2026 par Daniel Craig, Principal Software Engineer chez Sony Interactive Entertainment, cette refonte marque un changement de philosophie important. Là où la première version du PSSR reposait largement sur un modèle chargé de reconstruire directement l’image finale, Sony et AMD ont choisi de revenir à une architecture plus équilibrée, mêlant intelligence artificielle et techniques de rendu traditionnelles.

Dans sa première itération, le PSSR s’appuyait sur un Color-Predicting Network, ou CPN. Ce réseau avait pour mission de prédire directement la couleur des pixels en sortie, ce qui plaçait une grande partie du processus de reconstruction entre les mains de l’IA. Sur le papier, l’idée pouvait sembler ambitieuse. Dans la pratique, elle obligeait le modèle à apprendre des opérations que les moteurs graphiques savent déjà gérer de manière efficace grâce à des méthodes classiques, notamment en matière de traitement des couleurs, de HDR ou de reconstruction temporelle.
Cette approche avait ses limites, en particulier lorsque l’upscaling devenait plus agressif. Les ratios élevés, comme le 2,5x ou le 3x, pouvaient mettre en évidence certaines faiblesses dans la stabilité de l’image et la précision du rendu. Sony Interactive Entertainment et AMD ont donc revu leur copie en profondeur, non pas en ajoutant davantage d’IA, mais en redéfinissant plus précisément ce que l’IA devait réellement faire.

Avec PSSR 2, le Color-Predicting Network laisse sa place à un Kernel-Predicting Network, ou KPN. La différence est loin d’être anecdotique. Plutôt que de prédire directement la couleur finale des pixels, le nouveau réseau détermine des poids de mélange. Autrement dit, l’IA ne peint plus l’image à la place du pipeline graphique. Elle indique plutôt comment les informations disponibles doivent être combinées, tandis que le rendu final est ensuite assuré par des opérations déterministes plus fiables et mieux contrôlées.
Ce changement permet au modèle de se concentrer sur ce qu’il fait le mieux : reconnaître des motifs, analyser des structures visuelles et prendre des décisions de reconstruction. En retirant à l’IA la charge implicite de manipuler directement les couleurs HDR, Sony libère de la capacité au sein du réseau et réduit les risques d’artefacts liés à des interprétations trop complexes de l’image.

L’autre avancée importante concerne la gestion de l’historique temporel. PSSR 2 bénéficie d’une connexion repensée aux données des images précédentes, ce qui améliore la circulation des gradients pendant l’apprentissage. En clair, le modèle peut mieux comprendre les relations entre plusieurs images successives, un point essentiel pour stabiliser les détails fins, limiter le scintillement et conserver une image cohérente lorsque la caméra ou les objets se déplacent rapidement.
Sony et AMD ont également introduit un filtre gaussien elliptique appliqué dans l’espace d’entrée. Cette solution vise à mieux préserver la qualité de reconstruction lorsque l’image source est rendue à une résolution plus basse avant d’être agrandie. C’est précisément dans ces conditions que les technologies d’upscaling sont les plus sollicitées, notamment sur console, où chaque milliseconde de calcul compte pour maintenir un framerate stable.

Les résultats montrés par Daniel Craig vont dans le sens d’une amélioration globale de la qualité d’image. PSSR 2 promet une meilleure stabilité temporelle, une reconstruction plus propre à basse résolution interne, ainsi qu’une réduction du coût GPU et de l’empreinte mémoire. Plus intéressant encore, le temps d’entraînement du modèle aurait été drastiquement réduit, passant d’environ quatre mois GPU pour la version de lancement du PSSR à moins d’une semaine GPU pour cette nouvelle itération.
Cette optimisation pourrait avoir un impact concret sur le suivi logiciel de la PS5 Pro. Un modèle plus rapide à entraîner permet théoriquement à Sony d’itérer plus facilement, d’ajuster plus vite ses algorithmes et d’améliorer progressivement la qualité d’image dans les jeux compatibles. Une prochaine mise à jour firmware doit d’ailleurs activer l’option « Enhance PSSR Image Quality » sur PS5 Pro, permettant à PSSR 2 de remplacer par défaut le modèle original dans les titres pris en charge.

Avec PSSR 2, Sony ne cherche donc pas simplement à cocher la case de l’IA dans le rendu temps réel. Le constructeur adopte une approche plus mature, où l’intelligence artificielle intervient là où elle apporte une vraie valeur ajoutée, sans chercher à remplacer inutilement tout le pipeline graphique. Pour les joueurs PS5 Pro, cette évolution pourrait se traduire par une image plus stable, plus propre et plus convaincante, surtout dans les jeux qui poussent fortement l’upscaling pour préserver les performances.
En misant sur une IA plus ciblée plutôt que sur un modèle plus lourd, Sony signe une évolution technique discrète mais importante. PSSR 2 illustre une tendance de fond dans le jeu vidéo moderne : l’avenir de l’upscaling ne passera pas forcément par des réseaux toujours plus grands, mais par une meilleure répartition du travail entre apprentissage automatique et rendu traditionnel.




