Alors que l’industrie du jeu vidéo accélère sa transition vers le tout numérique, le marché physique continue de résister dans plusieurs régions clés. Depuis plusieurs années, les ventes de jeux en boîte reculent progressivement, notamment aux États-Unis et dans une partie de l’Europe occidentale. Cette tendance a poussé certains constructeurs et éditeurs à préparer l’après-disque, avec une disparition progressive des éditions physiques qui semble désormais se profiler à l’horizon. Pourtant, les dernières données autour de Resident Evil Requiem viennent nuancer ce discours et rappellent que la réalité du marché reste bien plus complexe qu’un simple basculement mondial vers le digital.
La question du support physique est devenue particulièrement sensible auprès des joueurs. Pour une partie du public, le disque reste synonyme de propriété, de collection, de revente et de préservation. À l’inverse, les éditeurs privilégient de plus en plus les ventes numériques, souvent plus rentables et plus simples à distribuer. Entre confort d’achat, absence de stock, promotions en ligne et écosystèmes fermés, le numérique s’est imposé comme le canal dominant. Mais Resident Evil Requiem montre que cette domination ne s’applique pas partout avec la même intensité.
Selon des données Ampere relayées par l’analyste Christopher Dring, Resident Evil Requiem a enregistré des performances physiques particulièrement solides dans plusieurs pays, avec 55 % des ventes réalisées en boîte en France, plus de 51 % au Japon, 43 % en Australie et 40 % au Royaume-Uni, contre seulement 22 % aux États-Unis. Ces écarts sont loin d’être anecdotiques. Ils montrent que l’attachement au disque dépend fortement des habitudes locales, de la culture de consommation, du poids des enseignes spécialisées et du rapport des joueurs à la possession de leurs jeux.
La France illustre parfaitement cette résistance du physique. Malgré la progression constante des achats dématérialisés, les éditions en boîte conservent une vraie place dans les rayons, notamment pour les grosses sorties console. Les joueurs français restent nombreux à privilégier le support tangible, que ce soit pour enrichir une collection, profiter d’une édition spéciale ou simplement garder la possibilité de revendre le jeu après l’avoir terminé. Dans le cas d’un titre aussi attendu que Resident Evil Requiem, cet attachement devient encore plus visible.

Le Japon suit une logique similaire, même si le contexte est différent. Le marché nippon possède une longue tradition de collection, de revente et d’achat en magasin, avec un public encore très sensible aux éditions physiques, aux bonus et aux objets liés aux grandes licences. Pour une franchise aussi emblématique que Resident Evil, née chez Capcom et profondément ancrée dans l’histoire du jeu vidéo japonais, la demande pour une version boîte conserve donc une force particulière.
À l’inverse, les États-Unis confirment une adoption beaucoup plus massive du numérique. Avec seulement 22 % de ventes physiques pour Resident Evil Requiem, le marché américain apparaît comme l’un des plus avancés dans cette transition. Les habitudes d’achat y sont davantage tournées vers les boutiques en ligne, les bibliothèques numériques et les promotions dématérialisées. Cette différence explique pourquoi les chiffres globaux peuvent parfois donner l’impression que le disque est en train de disparaître partout au même rythme, alors que le terrain raconte une histoire plus contrastée.

Cette nuance est essentielle pour comprendre les décisions des éditeurs. Capcom, comme beaucoup d’acteurs majeurs du secteur, réalise aujourd’hui l’immense majorité de ses ventes en numérique. D’un point de vue économique, réduire la dépendance au physique peut donc sembler logique. Pourtant, même minoritaire à l’échelle mondiale, le marché du disque représente encore des revenus importants, surtout lorsqu’il concerne des licences fortes capables de mobiliser un public de collectionneurs et de fans historiques.
Le cas Resident Evil Requiem rappelle ainsi que la fin du physique ne se jouera pas uniquement sur des moyennes globales. Elle dépendra aussi des territoires, des habitudes de consommation et de la capacité des éditeurs à répondre à des publics très différents. Dans certains pays, le disque est déjà devenu secondaire. Dans d’autres, il reste un élément central de l’expérience d’achat, en particulier pour les grandes sorties AAA.
Au fond, le message envoyé par ces chiffres est clair : le jeu physique recule, mais il n’est pas encore condamné partout. Resident Evil Requiem prouve que les éditions en boîte peuvent encore peser lourd lorsque la licence, le marché et les habitudes locales s’alignent. L’industrie semble se diriger vers un futur de plus en plus numérique, mais pour de nombreux joueurs, posséder un jeu sur disque reste une pratique bien vivante, presque identitaire. Et c’est précisément cette fracture entre stratégie industrielle et attachement des communautés qui explique l’ampleur du débat actuel.




