La situation se complique encore pour Ubisoft. Alors que l’éditeur français tente de retrouver un équilibre après plusieurs années marquées par des reports, des annulations et des résultats irréguliers, une nouvelle restructuration vient frapper ses équipes internationales. Le site VGC affirme qu’Ubisoft va fermer ses studios de Winnipeg, au Canada, et de Belgrade, en Serbie, tout en réorganisant son antenne de Barcelone autour de la franchise Rainbow Six.
Cette nouvelle vague pourrait concerner jusqu’à 380 postes à travers l’entreprise. Un chiffre lourd, qui rappelle à quel point la crise actuelle du jeu vidéo ne touche pas uniquement les petits studios indépendants, mais aussi les grands groupes historiques du secteur. Pour Ubisoft, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction des coûts, avec un objectif déjà annoncé de 200 millions d’euros d’économies sur les deux prochaines années.
Winnipeg et Belgrade, deux studios discrets mais importants

Ubisoft Winnipeg avait été fondé en 2018 avec une mission très technique. Le studio travaillait notamment sur des technologies internes utilisées par plusieurs équipes du groupe, dont les moteurs Anvil et Snowdrop. Ce ne sont pas forcément les studios que le grand public connaît le mieux, mais leur rôle reste essentiel dans la fabrication des productions Ubisoft, surtout lorsque plusieurs équipes collaborent sur des projets ambitieux à travers le monde.
De son côté, Ubisoft Belgrade avait ouvert ses portes en 2016. Le studio serbe avait participé à plusieurs jeux de l’éditeur, notamment The Crew 2 et Riders Republic. Son travail s’inscrivait dans cette organisation mondiale propre à Ubisoft, où chaque antenne vient renforcer une production principale, parfois sur des aspects techniques, parfois sur du contenu, de l’optimisation ou du support au développement.
La possible fermeture de ces deux structures marque donc bien plus qu’un simple ajustement administratif. Elle symbolise un recentrage profond de l’éditeur, qui semble désormais vouloir limiter ses investissements aux projets et aux licences jugés les plus stratégiques.
Barcelone recentré sur Rainbow Six

Ubisoft Barcelona ne devrait pas disparaître, mais son rôle va changer. Le studio serait restructuré pour se concentrer principalement sur Rainbow Six, l’une des licences les plus solides du catalogue Ubisoft. Ce choix n’a rien d’anodin. Dans une période où l’éditeur cherche à sécuriser ses revenus, Rainbow Six représente encore une marque forte, portée par une communauté fidèle, une dimension compétitive installée et un modèle pensé pour durer.
Ce recentrage montre aussi la nouvelle logique d’Ubisoft : réduire la dispersion, concentrer les moyens sur les franchises capables de maintenir l’engagement des joueurs, et limiter les risques autour de projets moins prioritaires. Mais derrière cette stratégie, il y a aussi des conséquences humaines importantes, avec des postes qui pourraient disparaître au sein de plusieurs équipes.
La division Global Publishing également touchée

La restructuration ne concernerait pas uniquement les studios de développement. La division Global Publishing serait elle aussi impactée par des réductions de postes. Cette branche joue un rôle clé dans la communication, le marketing, la distribution et l’accompagnement commercial des jeux Ubisoft. Toucher à cette structure montre que l’éditeur ne cherche pas seulement à revoir sa production, mais bien l’ensemble de son organisation interne.
Ces décisions arrivent dans un contexte déjà tendu. Ubisoft a annulé plusieurs projets ces dernières années, revu certaines ambitions à la baisse et multiplié les ajustements pour tenter de stabiliser son activité. Le groupe reste propriétaire de licences majeures comme Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six ou The Division, mais il doit aujourd’hui composer avec des coûts de production élevés, une concurrence féroce et un marché beaucoup moins indulgent qu’avant.
Une industrie encore sous pression

Ce nouvel épisode s’ajoute à une longue série de licenciements dans l’industrie du jeu vidéo. Depuis plusieurs années, de nombreux studios et éditeurs réduisent leurs effectifs après une période de forte croissance, notamment durant les années de pandémie. Les budgets ont augmenté, les cycles de développement se sont allongés, et les attentes commerciales sont devenues de plus en plus difficiles à atteindre.
Dans le cas d’Ubisoft, la situation est d’autant plus sensible que l’entreprise reste l’un des plus grands éditeurs européens. Chaque décision de ce type envoie donc un signal fort au reste du secteur. Elle montre que même les acteurs historiques, avec des marques mondialement connues, ne sont pas à l’abri d’une remise à plat brutale de leur modèle.
Ubisoft joue gros pour son avenir

Pour Ubisoft, l’objectif semble clair : réduire les coûts, simplifier son organisation et concentrer ses forces sur les licences les plus rentables. Sur le papier, cette stratégie peut permettre à l’éditeur de retrouver une meilleure stabilité. Mais dans les faits, elle se traduit par une nouvelle vague de départs et par la disparition possible de studios qui participaient à l’écosystème global du groupe.
La question est désormais de savoir si ce recentrage permettra réellement à Ubisoft de se relancer durablement. L’éditeur conserve des atouts importants, notamment grâce à ses franchises installées et à son savoir-faire dans les mondes ouverts. Mais la confiance ne se reconstruira pas uniquement avec des économies. Elle passera aussi par des jeux solides, une vision créative plus claire et une meilleure lisibilité de sa stratégie.
Pour les employés concernés, cette nouvelle restructuration reste avant tout une période difficile. Derrière les chiffres, il y a des développeurs, des artistes, des ingénieurs, des producteurs, des testeurs et des équipes marketing qui ont contribué à faire vivre certaines des plus grandes licences du jeu vidéo moderne.

