C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue l’écosystème PlayStation. Bluepoint Games, studio texan réputé pour son expertise technique hors norme et ses remakes d’orfèvre, fermera définitivement ses portes en mars prochain. Une décision brutale qui entérine l’échec d’une transition forcée vers le jeu service.
L’industrie du jeu vidéo continue sa douloureuse mutation, et cette fois, c’est un nom prestigieux qui s’efface. Selon les informations rapportées par Jason Schreier pour Bloomberg, Sony Interactive Entertainment a acté la fermeture de Bluepoint Games à l’issue d’une « récente revue commerciale ». L’acquisition du studio en 2021, qui semblait alors sceller un partenariat idyllique après le lancement spectaculaire de la PS5, se solde aujourd’hui par le licenciement d’environ 70 employés.
Le naufrage du projet God of War Live-Service

L’histoire de cette chute est celle d’un contre-emploi. Connu et adoubé pour sa maîtrise du code et de l’optimisation sur des titres solo narratifs, Bluepoint travaillait depuis un temps indéterminé sur un projet live-service (GaaS) basé sur la licence God of War.
Ce titre, jamais officialisé par l’éditeur, avait été annulé en interne dès janvier 2025. À l’époque, PlayStation avait assuré que cette annulation ne menacerait pas l’intégrité du studio. Durant l’année écoulée, les équipes de Bluepoint auraient multiplié les concepts et les pitchs pour tenter de décrocher un nouveau greenlight, sans succès. La direction de Sony a finalement tranché, mettant fin à l’aventure.
Un porte-parole de PlayStation a commenté la nouvelle avec la froideur institutionnelle habituelle :
« Bluepoint Games est une équipe incroyablement talentueuse, et leur expertise technique a offert des expériences exceptionnelles à la communauté PlayStation. Nous les remercions pour leur passion, leur créativité et leur savoir-faire. »
Une perte immense pour la préservation du patrimoine

Pour les joueurs, la pilule est difficile à avaler. Bluepoint Games s’était imposé comme le gardien du temple PlayStation, capable de moderniser des classiques sans jamais trahir leur âme.
Le studio avait bâti sa réputation sur des restaurations impeccables comme The God of War Collection ou The Ico & Shadow of the Colossus Collection sur PS3. Mais c’est véritablement avec le remake de Shadow of the Colossus (2018) puis celui de Demon’s Souls (au lancement de la PS5) qu’ils avaient atteint des sommets, prouvant qu’ils étaient l’une des rares équipes capables de rivaliser graphiquement avec les plus gros blockbusters first-party.
La stratégie « Service » de Sony fait une nouvelle victime

Cette fermeture n’est malheureusement pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une liste grandissante de dommages collatéraux liés aux ambitions « Games as a Service » de Sony. Bluepoint rejoint ainsi le cimetière des studios first-party sacrifiés sur l’autel de la rentabilité, aux côtés de SIE London Studio (qui travaillait sur un GaaS de fantasy) et de Firewalk Studios, fermé après le désastre industriel de Concord.
Malgré cette hécatombe et la perte de savoir-faire technique qu’elle engendre, l’éditeur japonais ne semble pas prêt à lâcher la barre. D’autres projets multijoueurs restent en développement actif, notamment 4:Loop chez Bad Robot Games et le très attendu Horizon Hunters Gathering chez Guerrilla Games.
Reste une question amère : était-il pertinent de transformer les rois du remake solo en usine à jeu service ? La réponse, aujourd’hui, semble définitivement non.

