Le bras de fer entre Sony et les défenseurs du jeu physique entre dans une nouvelle phase. Après un démarrage tonitruant, la pétition “Don’t Kill the Disc”, lancée pour protester contre l’arrêt annoncé de la production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028, semble désormais perdre en intensité. Le sujet reste explosif, mais la dynamique populaire, elle, commence à marquer le pas.
Au début du mois de juillet, la mobilisation avait pourtant pris des allures de coup de semonce. Collectionneurs, joueurs attachés à la revente, passionnés de préservation et défenseurs de la propriété physique s’étaient rapidement rassemblés derrière une même inquiétude : voir PlayStation basculer définitivement vers un modèle où le disque ne serait plus qu’un souvenir de génération passée. Selon Insider Gaming, la pétition avait franchi le cap des 250 000 signatures en seulement six jours, avant de connaître un net ralentissement avec environ 105 000 signatures supplémentaires sur les 24 jours suivants.

Cette perte de vitesse ne signifie pas que la colère a disparu. Sur Change.org, la pétition comptait encore plus de 356 000 signatures vérifiées au moment de la consultation, avec plus d’un millier de nouveaux soutiens enregistrés dans la journée. Son message reste clair : les joueurs ne rejettent pas le numérique, mais refusent qu’il devienne l’unique porte d’entrée vers les jeux PlayStation.
De son côté, Sony ne semble pas prêt à faire marche arrière. Lors d’un échange avec des analystes après la publication de ses résultats financiers du premier trimestre, la direction financière du groupe a reconnu l’existence de réactions fortes au sein de la communauté, tout en rappelant que la montée du digital dépasse largement le seul cadre du jeu vidéo. Sony a également mis en avant le fait que 82 % des jeux seraient désormais téléchargés numériquement, un chiffre qui pèse lourd dans l’équation stratégique du constructeur.

La position de Sony est donc limpide : avancer, mais avec prudence. L’entreprise parle d’un futur écosystème numérique à construire avec les consommateurs, sans pour autant laisser entendre qu’un retour au disque est envisagé. Pour les joueurs les plus attachés aux boîtes, aux jaquettes et aux étagères bien remplies, le message a de quoi sonner comme une fin de cycle.
Reste que la question dépasse largement le simple confort d’achat. Derrière le duel disque contre téléchargement, c’est toute la notion de possession qui revient sur le devant de la scène. Un jeu physique peut être prêté, revendu, conservé, transmis. Une licence numérique, elle, dépend d’un compte, d’une boutique, de serveurs et de conditions d’utilisation que le joueur ne contrôle pas toujours. C’est précisément sur ce terrain que la pétition tente de maintenir la pression : préserver le choix, plutôt que refuser le progrès.

Pour Sony, l’enjeu est stratégique. Le constructeur suit une tendance déjà bien installée, portée par les achats dématérialisés, les abonnements, les mises à jour continues et les services en ligne. Pour une partie de la communauté, cette trajectoire ressemble toutefois à une perte progressive de contrôle sur sa ludothèque. Entre confort du digital et attachement au support physique, PlayStation se retrouve au cœur d’un débat qui pourrait accompagner toute la transition vers sa prochaine génération de consoles.
La pétition ralentit, mais le sujet, lui, est loin d’être enterré. Sony semble déterminé à préparer l’après-disque, tandis qu’une frange bruyante et passionnée de joueurs refuse de voir disparaître l’un des derniers symboles tangibles du jeu vidéo console. Reste à savoir si cette contestation se limitera aux signatures en ligne, ou si elle se traduira, demain, dans les choix d’achat des joueurs.




