C’est une onde de choc qui traverse l’écosystème PlayStation. Quelques années à peine après son acquisition par Sony, Bluepoint Games ferme définitivement ses portes. Une décision brutale qui met un terme à l’histoire d’un studio considéré comme l’orfèvre du remake technique. Mais derrière cette fermeture se cache une réalité encore plus frustrante pour les joueurs : avant de sombrer, le studio avait tenté un baroud d’honneur en pitchant le projet que tout le monde attendait, le remake de Bloodborne. Récit d’un rendez-vous manqué.
L’industrie du jeu vidéo est parfois impitoyable, et le sort de Bluepoint Games en est la triste illustration. Connus pour avoir redonné vie à Demon’s Souls au lancement de la PS5 et sublimé Shadow of the Colossus, les équipes d’Austin n’ont pas survécu à la restructuration interne de Sony. Selon les informations rapportées par Jason Schreier de Bloomberg, cette fermeture fait suite à l’annulation d’un projet God of War orienté « jeu-service » (live-service), un virage stratégique qui aura finalement été fatal au studio.
Pourtant, avant de baisser le rideau, Bluepoint a tenté de sauver sa peau en revenant à son ADN : les expériences solo narratives et la restauration de chefs-d’œuvre.
Le dossier Bloodborne : quand FromSoftware dit « non »

C’est le détail qui risque de hanter les forums et les réseaux sociaux pendant longtemps. Dans une ultime tentative pour prouver sa valeur, Bluepoint Games a officiellement proposé un remake de Bloodborne l’année dernière.
La situation est d’autant plus rageante que, sur le papier, tous les voyants étaient au vert. Sony, détenteur de la propriété intellectuelle, aurait validé le projet, jugeant les projections financières solides. Mais contre toute attente, le blocage est venu du créateur original. Toujours selon le rapport de Schreier, FromSoftware a opposé son veto, refusant catégoriquement que le projet ne se concrétise sous cette forme.
Alors que les fans s’échinent depuis des années à produire des patchs amateurs pour débloquer le framerate à 60 FPS, ce refus sonne comme un désaveu. Si Hidetaka Miyazaki ne semblait pas fermé à l’idée lors de récentes interviews, la réalité des coulisses expose un désaccord profond entre les parties prenantes. Pour l’heure, Yharnam restera donc figée dans son jus d’origine.
Ghost of Tsushima et la protection des IP

Le remake de Bloodborne n’était pas la seule carte dans la manche de Bluepoint. Le studio avait également pitché un spin-off de Ghost of Tsushima, espérant capitaliser sur le succès de la franchise de samouraïs.
Là encore, la porte s’est refermée. Le refus semble ici motivé par une volonté de cohérence éditoriale : Sucker Punch, le studio parent, préfère garder la mainmise totale sur sa licence, privilégiant ses propres suites canoniques comme le récent Ghost of Yōtei plutôt que de disperser la marque avec des épisodes satellites développés en externe. Une logique implacable de gestion de marque qui ne laissait aucune place à l’initiative de Bluepoint.
Une dernière tentative de « remasteriser le remake » de Shadow of the Colossus a également été balayée, jugée non pertinente par l’état-major de PlayStation.
Une perte majeure pour le patrimoine PlayStation

La fermeture de Bluepoint Games marque la fin d’une expertise technique rare. Le studio s’était imposé comme le gardien du temple, capable de moderniser des classiques sans en trahir l’essence.
En voulant transformer ce spécialiste du solo en usine à « jeu-service » sur une licence comme God of War, puis en refusant ses projets de cœur, Sony perd l’un de ses atouts les plus précieux. Les joueurs, eux, devront se faire une raison : le remake de Bloodborne n’était pas un fantasme, il était à portée de main, avant d’être archivé, peut-être à jamais.

