Au cœur d’une vaste réorganisation interne, Ubisoft a récemment confirmé l’annulation de plusieurs projets majeurs, illustrant un virage stratégique aussi brutal que nécessaire pour l’éditeur français. Parmi les sept jeux concernés, un seul a été officiellement nommé : Prince of Persia: Les Sables du Temps . Pourtant, au milieu de cette vague de suppressions, un titre mythique semble avoir échappé au couperet : Beyond Good & Evil 2.
Selon un rapport d’Insider Gaming, le jeu serait toujours « en développement actif, au moins pour le moment ». Une précision qui en dit long sur la situation fragile du projet, devenu au fil des années l’un des symboles les plus marquants des dérives du développement AAA moderne.

Sorti en 2003, le Beyond Good & Evil original s’était imposé avec le temps comme un classique culte, malgré un succès commercial initial limité. Sa suite, annoncée officiellement en mai 2008, est depuis enfermée dans un cycle de production interminable. Dix-sept ans plus tard, Beyond Good & Evil 2 détient désormais le record du jeu le plus longtemps en développement de l’histoire de l’industrie.
Dans les faits, la version actuellement en chantier ne daterait « que » de 2017, ce qui représente tout de même huit à neuf années de travail continu. Une durée déjà considérable, aggravée par une succession de coups durs. Le départ de Michel Ancel, créateur de la licence, en 2020, a profondément rebattu les cartes. Puis, en 2023, le projet a été frappé par la disparition soudaine de son directeur créatif, Emile Morel, décédé à l’âge de 40 ans.

Malgré ce contexte instable, Ubisoft semble déterminé à maintenir le cap. Fin 2025, une offre d’emploi liée à Beyond Good & Evil 2 a refait surface, visant à recruter un sound designer capable d’assumer également un rôle de lead technique audio. Un signal discret, mais révélateur : la production n’est pas à l’arrêt.
Sur le plan créatif, le jeu se positionne comme un préquel au premier épisode, explorant l’enfance de Jade et les événements fondateurs de son parcours. Cette orientation narrative a récemment été renforcée par une quête inédite intégrée à l’édition 20e anniversaire de Beyond Good & Evil, introduisant plusieurs figures clés de son passé.
Reste l’inconnue majeure : la sortie. Ubisoft n’a toujours communiqué aucune fenêtre de lancement, et même en interne, les projections semblent floues. Avec des coûts de développement estimés à plus de 500 millions de dollars, l’éditeur paraît convaincu que le projet mérite d’aller au bout… sans toutefois garantir qu’il verra le jour dans un avenir proche.
Beyond Good & Evil 2 continue ainsi d’exister dans un entre-deux inconfortable, porté par l’espoir et plombé par son propre héritage. Un survivant improbable d’une industrie où le temps, plus que jamais, est devenu un luxe.

