Difficile de parler de The Blood of Dawnwalker sans voir revenir, presque immédiatement, le nom de The Witcher 3: Wild Hunt. Entre son ADN de RPG narratif en monde ouvert, son atmosphère dark fantasy et surtout le parcours de Konrad Tomaszkiewicz, la comparaison paraît presque naturelle.
Mais du côté de Rebel Wolves, cette proximité n’est ni fuie, ni minimisée. Au contraire, le studio l’assume pleinement et y voit même une forme de reconnaissance.
Dans un entretien accordé à The Game Business, Konrad Tomaszkiewicz a expliqué être parfaitement à l’aise avec les parallèles établis entre son nouveau projet et le chef-d’œuvre de CD Projekt RED. Une déclaration loin d’être anodine, tant l’héritage est lourd. Il faut dire que le développeur connaît bien le terrain : il a été lead quest designer sur The Witcher 3, avant d’occuper le poste de second director et head of production sur Cyberpunk 2077. Autant dire que lorsqu’il se lance dans un nouveau RPG AAA, l’attention du public comme celle de l’industrie se braque immédiatement sur lui.
Avec The Blood of Dawnwalker, Rebel Wolves ne cherche pourtant pas à reproduire mécaniquement une formule déjà connue. Le cœur du projet repose sur une ambition plus subtile : construire une expérience narrative forte dans un vaste monde ouvert, tout en y injectant des idées capables de renouveler le genre. Tomaszkiewicz explique avoir réuni autour de lui une équipe passionnée de RPG, avec cette volonté commune de créer des jeux à forte identité, capables de surprendre le joueur sans renier les fondamentaux qui ont fait le succès des grandes aventures solo.

Cette vision s’inscrit dans une philosophie claire. Pour le studio, ouvrir une nouvelle structure simplement pour refaire les mêmes jeux qu’avant n’aurait eu aucun sens. Rebel Wolves veut faire évoluer sa manière de concevoir le RPG moderne, en prenant certains risques créatifs pour renforcer l’immersion, l’impact émotionnel et la singularité de l’expérience. Derrière ce discours, on sent une vraie envie de sortir d’une production AAA parfois trop formatée, où beaucoup de titres finissent par se ressembler dans leur structure, leur rythme ou leur mise en scène.
Konrad Tomaszkiewicz évoque d’ailleurs cette envie de fraîcheur en citant des productions comme Clair Obscur ou Crimson Desert, qu’il considère comme des œuvres cherchant elles aussi à apporter autre chose qu’une simple variation des standards actuels. Son constat traduit une nostalgie assumée pour une époque où chaque jeu donnait le sentiment de proposer une aventure différente, presque imprévisible. C’est précisément ce frisson-là que Rebel Wolves veut retrouver avec The Blood of Dawnwalker : celui d’un RPG capable de conserver les codes du grand spectacle tout en laissant émerger une vraie personnalité.

Cette identité passe aussi par la taille du studio. Là où beaucoup de structures rêvent d’expansion rapide, Rebel Wolves préfère défendre un modèle plus resserré. Tomaszkiewicz ne cache pas qu’un soutien extérieur pourrait être nécessaire après la sortie du jeu, notamment pour le suivi post-lancement, mais il insiste sur un point essentiel : il ne veut pas transformer Rebel Wolves en immense corporation. Son objectif est de préserver la communication interne, la cohésion d’équipe et une certaine agilité dans le développement. En clair, mieux vaut un studio plus petit avec une vision forte qu’une machine géante dispersée sur plusieurs projets simultanés.
Cette approche donne à The Blood of Dawnwalker un positionnement particulièrement intéressant dans le paysage actuel. Le jeu assume son héritage, notamment celui de The Witcher 3, mais cherche en parallèle à construire sa propre voie. C’est sans doute là que réside toute sa promesse : reprendre les fondations du grand RPG narratif occidental tout en tentant de leur offrir une tonalité différente, plus audacieuse, plus immersive et peut-être plus intime.
Prévu sur PC, PS5 et Xbox Series X|S, The Blood of Dawnwalker s’avance donc comme l’un des projets à surveiller de près pour les amateurs de jeux de rôle ambitieux. Reste désormais à voir si Rebel Wolves parviendra à transformer cette ambition en véritable proposition de référence. Une chose est sûre : le studio ne fuit pas les comparaisons prestigieuses. Il compte visiblement s’en servir comme point de départ pour mieux imposer sa propre marque.

