En 2025, le marché du jeu vidéo physique a franchi un nouveau cap symbolique outre-Atlantique. Selon les derniers chiffres du cabinet Circana, les revenus liés aux ventes de jeux en boîte ont atteint leur niveau le plus bas depuis près de trente ans. Si le tout-dématérialisé s’impose désormais comme la norme incontestable, l’hémorragie semble toutefois ralentir. Analyse d’une mutation inéluctable de notre industrie.
C’est un chiffre qui donne le vertige, surtout pour les collectionneurs et les amoureux de la préservation vidéoludique. Selon Mat Piscatella, analyste de référence chez Circana (ex-NPD Group), les dépenses des joueurs américains en jeux physiques ont chuté à seulement 1,5 milliard de dollars sur l’année 2025. Il faut remonter aux débuts du suivi de ces données, en 1995, pour retrouver la trace d’un tel creux.
Bien sûr, le format physique n’est pas mort du jour au lendemain, et les étalages des boutiques spécialisées ne vont pas s’évaporer demain. Mais la tendance est limpide : relégué au second plan, le marché traditionnel se contracte à une vitesse que plus personne ne peut ignorer.
Le triomphe programmé du tout-dématérialisé

Cette transition n’est pas le fruit du hasard, mais bien la résultante d’une stratégie savamment orchestrée par les grands constructeurs. Pour des géants comme Sony et Microsoft, la bascule vers le numérique est une aubaine économique absolue.
Les boutiques en ligne agissent comme de redoutables outils de rétention. En bâtissant des bibliothèques 100 % dématérialisées, les constructeurs s’assurent d’enfermer le joueur dans un écosystème fermé, rendant le passage à la concurrence particulièrement coûteux. Ajoutez à cela la prolifération des consoles dépourvues de lecteur de disque vendues comme des chevaux de Troie numériques et les économies d’échelle colossales réalisées sur le pressage, le packaging et la distribution logistique. L’équation est vite résolue.
D’ailleurs, cette atrophie est un phénomène global. L’an dernier déjà, les bilans du marché britannique dressaient un constat tout aussi morose pour la bonne vieille boîte en plastique.
Une lueur d’espoir : vers une stabilisation du marché ?

Faut-il pour autant rédiger l’avis de décès du support physique ? Pas si vite. L’analyse de Circana cache une subtilité intéressante : si la chute continue, elle décélère de manière significative.
En 2025, les dépenses n’ont reculé « que » de 11 %. Un pourcentage qui reste négatif, certes, mais qui représente la plus faible baisse enregistrée depuis 2021. Surtout, c’est une amélioration spectaculaire par rapport à la véritable chute libre de 28 % subie en 2024.
En clair, l’hémorragie ralentit. Le marché du physique est potentiellement en train d’atteindre son « plancher » naturel, se stabilisant autour d’un noyau dur de joueurs passionnés, de collectionneurs et d’amateurs de marchés de l’occasion. Si le dématérialisé a définitivement gagné la guerre des volumes, le jeu en boîte semble doucement trouver sa nouvelle vocation : celle d’un produit de niche, résilient, qui refuse de rendre les armes.

