C’est un véritable coup de tonnerre qui vient de frapper la firme de Redmond. Dans un remaniement exécutif d’une ampleur inédite, Microsoft annonce le départ conjoint de Phil Spencer, figure tutélaire de la division Gaming, et de Sarah Bond, présidente de Xbox. Contre toute attente, c’est Asha Sharma, jusqu’alors à la tête de CoreAI, qui reprend le flambeau. Fin d’une ère ou nouveau départ ?
L’industrie s’attendait à tout, sauf à ça. Alors que la stratégie multiplateforme de Microsoft commençait à se stabiliser, un rapport d’IGN a confirmé ce soir une refonte totale de l’organigramme de Microsoft Gaming. Phil Spencer, l’homme qui a incarné la marque pendant plus d’une décennie et orchestré les rachats historiques d’Activision Blizzard et Bethesda, tire sa révérence. Plus surprenant encore : Sarah Bond, que beaucoup voyaient comme sa dauphine naturelle, quitte également l’entreprise.
Asha Sharma : L’IA au service de « l’art », promesse ou paradoxe ?

Pour succéder à Spencer, Microsoft a fait un choix audacieux, pour ne pas dire clivant. C’est Asha Sharma, présidente de la division CoreAI, qui s’installe dans le fauteuil de PDG. Une nomination qui, sur le papier, pourrait faire craindre le pire aux puristes, à l’heure où l’intelligence artificielle générative inquiète les créateurs.
Pourtant, dans son premier mémo interne adressé aux employés, la nouvelle patronne a tenu à désamorcer immédiatement toute polémique, adoptant un discours résolument « gamer-centric » :
« Nous nous réengagerons auprès de nos fans et joueurs Xbox, ceux qui ont investi avec nous ces 25 dernières années, ainsi qu’auprès des développeurs qui bâtissent ces univers expansifs. »
Plus marquant encore, Sharma a pris les devants sur la question brûlante de la technologie dans la création artistique : « Alors que la monétisation et l’IA évoluent, nous ne courrons pas après l’efficacité à court terme et nous n’inonderons pas notre écosystème de « bouillie d’IA sans âme » (soulless AI slop). Les jeux sont et resteront de l’art, façonnés par des humains. » Des mots forts, destinés à rassurer une communauté à fleur de peau.
Matt Booty promu, la continuité assurée

Pour épauler Sharma dans cette transition technologique, Microsoft joue la carte de la sécurité côté éditorial. Matt Booty, actuel patron des Xbox Game Studios, est promu Chief Content Officer.
Dans un courriel obtenu par nos confrères, il se dit « impatient de collaborer avec Asha », précisant que leurs premiers échanges se sont concentrés sur « l’engagement à créer de grands jeux ». En clair : Sharma gère la stratégie et la technologie, Booty garde la main sur le créatif.
Les adieux du « Tonton Phil »

Le départ de Phil Spencer sera effectif dès ce lundi 23 février. Dans un message empreint d’émotion, celui qui a sauvé la marque Xbox après le lancement catastrophique de la One révèle avoir planifié ce départ dès l’automne dernier avec Satya Nadella :
« Xbox a toujours été plus qu’un business. C’est une communauté vibrante de joueurs, de créateurs et d’équipes. Elle mérite un plan réfléchi et délibéré pour la route à suivre. »
Spencer n’a pas manqué de saluer le travail de Sarah Bond, dont le départ reste la véritable surprise de cette annonce. Il loue son rôle « instrumental » dans l’expansion du Game Pass, le Cloud Gaming et le lancement des dernières consoles.
Le départ de Phil Spencer marque indéniablement la fin de l’ère « Good Guy Phil », celle de la reconquête et de l’ouverture. Si la nomination d’une experte en IA à la tête du gaming peut sembler anxiogène, la prise de parole initiale d’Asha Sharma montre une lucidité bienvenue sur les craintes des joueurs. Reste à voir si cette nouvelle direction saura maintenir l’équilibre fragile entre innovation technologique et respect de l’ADN vidéoludique. La transition commence dès lundi.

