Après une traversée du désert et la rédemption progressive de Cyberpunk 2077, CD Projekt Red s’apprête à jouer son va-tout. Avec un budget qui frôle l’indécence et une ambition technique revue à la hausse, le prochain chapitre de la saga du Sorceleur, nom de code « Polaris », ne se contente pas de viser l’excellence : il entend redéfinir les standards du RPG occidental.
C’est un secret de Polichinelle : l’attente autour de The Witcher 4 est à la hauteur du vide laissé par Geralt de Riv depuis plus d’une décennie. Mais à Varsovie, pas question de céder à la précipitation. Hanté par le lancement chaotique de Cyberpunk 2077, le studio polonais prend son temps, quitte à faire exploser les compteurs. Selon les dernières analyses de Mateusz Chrzanowski (Noble Securities), le projet s’annonce comme l’un des plus onéreux de l’histoire du jeu vidéo.
Un budget « Quadruple A » pour rivaliser avec GTA VI

Les chiffres donnent le vertige. Selon le rapport, l’enveloppe globale allouée à The Witcher 4 avoisinerait les 776 millions de dollars (environ 2,8 milliards de zlotys), répartis équitablement entre le développement pur et une campagne marketing massive.
Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est près de dix fois le budget de The Witcher 3, qui n’avait coûté « que » 81 millions de dollars à produire. Nous ne sommes plus dans la même cour : CD Projekt boxe désormais dans la catégorie poids lourds, celle des GTA VI et des Star Citizen, les seuls titres à avoir franchi la barre symbolique du demi-milliard.
Cette inflation galopante s’explique par deux facteurs majeurs : le changement de paradigme technologique et l’échelle humaine du studio. Adieu le REDengine vieillissant, place à l’Unreal Engine 5. Si ce virage promet une stabilité technique et une fidélité graphique de pointe, il impose aussi une refonte totale des pipelines de production et une formation coûteuse des équipes. Aujourd’hui, l’effectif global de CD Projekt frôle les 1000 employés, dont près de 500 s’activent exclusivement sur les nouvelles aventures du Continent.
2027 en ligne de mire et un DLC surprise pour patienter ?

Si la sortie de The Witcher 4 est calée, selon l’analyste, pour le quatrième trimestre 2027, le studio ne compte pas laisser ses actionnaires et ses fans le ventre vide d’ici là. La véritable surprise du rapport concerne l’évocation d’un nouveau DLC pour The Witcher 3, qui pourrait débarquer dès mai 2026.
Une manœuvre stratégique brillante si elle se confirme : cela permettrait de maintenir la « hype » et de générer du cash-flow à mi-parcours, tout en capitalisant sur un parc installé de plus de 50 millions de joueurs.
Une nouvelle trilogie sur six ans

L’ambition de CD Projekt ne s’arrête pas à un « simple » blockbuster. Le studio planifie déjà l’avenir avec une nouvelle trilogie complète, dont les deux suites devraient sortir dans une fenêtre de six ans après le premier opus. Le budget de développement pour cet ensemble pharaonique est estimé à 887 millions de dollars.
L’idée est claire : une fois les fondations posées avec The Witcher 4 (assets, mécaniques, maîtrise de l’UE5), la production des suites pourra s’industrialiser, réduisant les coûts et les délais.
CD Projekt Red n’a plus le droit à l’erreur. En misant près d’un milliard de dollars sur le retour de sa franchise fétiche, le studio polonais joue sa réputation et sa santé financière. Si The Witcher 3 a défini la génération précédente de RPG, Polaris a la lourde tâche de prouver que la magie du Sorceleur peut survivre à son créateur, dans un marché plus impitoyable que jamais. Rendez-vous en 2027 pour voir si le pari est gagnant.

