La pénurie mondiale de puces mémoire n’est plus un simple bruit de fond industriel. Dopée par l’explosion de l’intelligence artificielle, elle commence désormais à produire des effets très concrets sur le marché grand public et, par ricochet, sur l’écosystème du jeu vidéo. Une réalité que Samsung Electronics ne cherche plus à masquer.
Dans une déclaration accordée à Reuters, son co-PDG TM Roh a tiré la sonnette d’alarme : après les smartphones, les téléviseurs et les appareils électroménagers sont désormais menacés par des tensions d’approvisionnement… et des hausses de prix potentielles. Une perspective loin d’être anodine quand on sait que Samsung domine largement le marché mondial de la TV.
Une pénurie inédite aux effets en cascade

« La situation est sans précédent », résume Roh. Et pour cause : la demande en RAM explose sous l’effet des usages liés à l’IA générative, au machine learning et aux services connectés. Résultat, aucun constructeur n’est épargné. Samsung reconnaît que l’impact sur ses chaînes de production est désormais inévitable, en particulier pour les téléviseurs, devenus de véritables hubs technologiques.
Pour le joueur, ces déclarations résonnent comme un avertissement. Car les TV modernes ne sont plus de simples écrans : elles sont désormais des plateformes de jeu à part entière.
Un coup dur potentiel pour la stratégie Xbox

Cette inflation annoncée pourrait compliquer sérieusement les ambitions de Microsoft. Avec son approche « This Is an Xbox », le constructeur pousse l’idée d’un écosystème dématérialisé où un simple téléviseur connecté suffit pour accéder au jeu vidéo, via le cloud et le Xbox Game Pass.
Or, si les smart TV notamment celles de Samsung deviennent plus chères ou plus rares, c’est toute la promesse d’accessibilité du cloud gaming qui se retrouve fragilisée. Une ironie à l’heure où Microsoft cherche précisément à s’affranchir des barrières matérielles classiques.
Nvidia et le retour possible des GPU « abordables »

Du côté du PC gaming, la tension sur la mémoire se fait également sentir. Selon un récent rapport, Nvidia envisagerait de ressusciter la GeForce RTX 3060, pourtant mise de côté au profit des séries 40 et 50, plus puissantes… et nettement plus onéreuses.
Rien d’officiel à ce stade, mais l’idée d’un retour à une carte plus accessible illustre bien l’état du marché : les prix élevés ne sont plus soutenables, ni pour les joueurs, ni pour les fabricants.
L’IA, moteur du problème… et de l’avenir

Chez Samsung, la contradiction est assumée. Le groupe prévoit d’intégrer Google Gemini dans 800 millions d’appareils dès cette année, ce qui accentuera mécaniquement la pression sur la mémoire vive. En parallèle, le constructeur affirme travailler étroitement avec ses partenaires industriels pour limiter l’impact sur les consommateurs, sans toutefois promettre de miracle.
À mesure que l’IA s’impose comme le nouveau carburant de l’industrie tech, ses effets secondaires deviennent impossibles à ignorer. Hausse des prix, tensions matérielles, stratégies cloud fragilisées : le jeu vidéo se retrouve, une fois encore, au carrefour de choix industriels qui le dépassent.
Reste à voir si les constructeurs parviendront à contenir cette pression… ou si joueurs et consommateurs devront, une fois de plus, en payer le prix.

